The Pogues
L’improbable réunion du Punk et du folk Irlandais c’est les Pogues, avec un son qui inclue des instruments traditionnels tels que la flute Irlandaise (tin whistle), le banjo, le cistre, la mandoline, l’accordéon, le violon … Une partie de l’histoire des Pogues est liée à Shane MacGowan, le chanteur iconique du groupe. La légende est née au temps du Punk avec des connexions vers Elvis Costello (producteur), les Clash (Joe Strummer a chanté pour le groupe après le départ de Shane MacGowan). Mais au final, je ne retrouve pas tant de Punk-Rock que cela dans les productions, nous sommes dans un registre Irlandais (parfois qualifié de Celtic-Punk) modernisé et électrique.
Il existe sur Arté un biopic très intéressant sur Shane MacGowan [ Ma vie avec les Pogues – L’épopée sauvage de Shane MacGowan ] réalisé par Julien Temple en 2020. De mon coté, j’ai retenu deux titres de la période années 80 (avec Shane MacGowan), deux collaborations (The Dubliners et Sinéad O’Connor) et deux interprétations de Cait O’Riordan la bassiste du groupe.
Dirty Old Town
Nous commençons par le titre Dirty Old Town en 1985. C’est une chanson qui parle d’une ville (Salford) dans le Lancashire, une ville industrielle morose avec son canal, ses cheminées, sa fumée, ses docks … Bref une ville de prolétaires comme plein d’autres ailleurs, et cela donne quoi ? Je vous laisse entendre, maintenant que nous avons une image mentale, on s’y croirait :
Le titre a été créé en 1949 par Ewan MacColl (James Henry Miller) un chanteur Anglais engagé et communiste, natif de Salford. Il y a eu beaucoup de reprises, notamment celle des Dubliners en 1968, qui ont rendu cette chanson célèbre. Il me semble que c’est intéressant de comparer tout cela pour bien comprendre le ‘celtic-punk’ des Pogues. Nous commençons par Ewan MacColl avec cette version purement vocale et lente.
Puis la version des Dubliners qui est plus ‘Irlandaise’ en mode ballade avec des vocaux puissants, associée à du banjo, violon et guitare.
Moi j’aime bien la version des Spinners en 1964. Il ne s’agit pas du groupe de Detroit ultra connu (I’ll Be Around), mais d’un groupe de Liverpool (The Liverpool Spinners) qui ont été actifs de la fin des années 50 aux années 70. Le rythme reste encore lent, avec de l’harmonica, qui fait penser à une ballade un peu country et intimiste, que l’on trouverait dans un western. Oubliez la ville, pensez à un feu de camp, des charriots, des couleurs en cinémascope :
Finalement, c’est quand même un sacré voyage pour une chanson non ? La version des Pogues doit beaucoup à l’interprétation et à la voix de Shane MacGowan. Et soixante dix ans plus tard, Salford n’est pas si moche que cela, au contraire, en tout cas avec un centre ville post-industriel rénové, intellectualisé et des références à une écologie urbaine.
Fairytale Of New York
Puis en 1987, le titre Fairytale Of New York. Ce n’est pas immédiat à comprendre (fairytale: compte de fées) mais il s’agit d’une chanson de Noël, et conçue comme une chanson de Noël. Passée inaperçue ici, mais pour les Anglais et Irlandais c’est un mégatube de Noël, dont la genèse (paroles, musiques, interprètes …) a été compliquée et a duré deux ans. Elle parle d’un migrant Irlandais à New York, qui rêve d’une femme et d’espoir de jeunesses brisés, un rêve inspiré par une chanson chantée dans la cellule de dégrisement ou il est confiné.
Dans le clip, un air de déjà vu … MacGowan qui joue le rôle principal et le policier qui l’amène en cellule … étrange, presque familier … explication: vous aurez peut-être reconnu l’acteur Matt Dillon.
The Irish Rover (avec les Dubliners)
Pour les 25 ans des Dubliners (un groupe de musique traditionnelle Irlandaise) un des membres du groupe a suggéré de faire une collaboration avec les Pogues. Ce qui était logique car les répertoires se complètent. Le titre The Irish Rover, sorti en 1987, reste donc dans un folklore Irlandais, avec un air entrainant et soutenu. La chanson parle d’un navire incroyable, de sa cargaison, de son équipage, ils allaient tout casser … but … the ship struck a rock, Oh Lord, what a shock ... Même le vieux chien du capitaine en fut noyé. Une chanson traditionnelle Irlandaise écrite au début du vingtième siècle, et dont les paroles humoristiques peuvent fluctuer en fonction des versions.
Haunted
J’hésitais avec the Irish Rover, peut-être anecdotique pour nous, mais pour le titre Haunted, sorti en 1995, sa présence me parait incontestablement intéressante. Cette fois, nous sommes sur une ambiance Pop-Rock, sortie du contexte folklorique Irlandais, je vous laisse juger.
Il n’y a pas de rapport avec le titre similaire de Beyoncé (2013), les références culturelles RnB et visuelles (cf. le clip Justify My Love de Madonna en 1990) sont très différentes. Ici c’est le souvenir d’une rencontre qui est évoquée. Une rencontre qui a été probablement agréable, un jour à Londres, une personne fascinante, dont le souvenir hante le le narrateur. Nous serions plutôt dans le registre d’une comédie romantique, d’ailleurs le titre a été enregistré pour le film Two if by Sea/Stolen Hearts (Pour l’Amourt de l’Art, Bill Bennett, 1996).
Sauf qu’il y a une version initiale des Pogues, en 1986, chantée par Caitlin O’Riordan (bassiste du groupe) et qui fait partie de la bande son du film Sid et Nancy (Alex Cox, 1986). Ce film évoque la relation destructrice entre Sid Vicious (Sex pistols) et Nancy Spungen sur un fond de scène Punk-Rock.
Voila une version qui a tenu toute ses promesses Punk-Rock, en particulier grâce à Cait O’Riordan, et qui nous permet de reboucler avec les origines des Pogues.
I’m a Man You Don’t Meet Every Day
Une fois qu’on a écouté Cait O’Riordan (qui a aussi co-écrit Fairytale Of New York, ex compagne de Elvis Costello …) c’est difficile de ne pas avoir envie d’écouter un folk Irlandais interprété par elle. L’occasion se présente avec le titre I’m a Man You Don’t Meet Every Day en 1985.
Il s’agit d’un titre traditionnel repris par presque tous les artistes folk Irlandais ou Ecossais depuis les années 60. C’est une chanson à boire, est ce que les paroles sont vraiment importantes ? On y parle d’un propriétaire terrien (Jock Stewart), de boisson, de discussions avec un verre à la main. A noter qu’il existe une version plus douce par Fontaines D.C. en 2020.
Ce que l’on voit avec les Pogues, c’est que différentes chansons, qui font partie de la culture populaire depuis plus d’un siècle, peuvent perdurer au fil du temps et des interprétations. Spécificité Irlandaise ou Celtique ? Qui marque la force d’une culture ? Imaginons un titre de la fin du 19ème qui serait plusieurs fois repris par des groupes rock ou électro en France … c’est vraiment improbable.
A propos ...
- The Pogues – https://en.wikipedia.org/wiki/The_Pogues.
- Dirty Old Town – https://en.wikipedia.org/wiki/Dirty_Old_Town.
- Ewan MacColl – https://en.wikipedia.org/wiki/Ewan_MacColl.
- The Dubliners – https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Dubliners.
- Salford (Lancashire) – https://en.wikipedia.org/wiki/Salford.
- The Spinners (English band) – https://en.wikipedia.org/wiki/The_Spinners_(English_band).
- Fairytale of New York – https://fr.wikipedia.org/wiki/Fairytale_of_New_York.
- The Irish Rover – https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Irish_Rover.
- Cait O’Riordan – https://en.wikipedia.org/wiki/Cait_O%27Riordan.
- I’m a Man You Don’t Meet Every Day – https://en.wikipedia.org/wiki/I%27m_a_Man_You_Don%27t_Meet_Every_Day.