The Style Council
The Style Council c’est un des groupes marqueurs du milieu des années 80s au Royaume Uni, à la fois sur le plan musical et sociétal. Les tendances qui ont clôturé le Disco … Punks, NewVawe, Ska, Reggae … sont passées en vagues et il y a comme une sorte de pause ou différentes musiques se mélangent, notamment des inspirations Soul qui viennent heurter les sons issus de la cold vawe/post-punk. Le groupe a été formé en 1982 mais avec une certaine histoire : Paul Weller (chanteur et guitare) venait de The Jam et Mick Talbot (claviers et orgue Hammond) avait notamment participé à Dexys Midnight Runners. Une belle référence, c’est aussi le moment d’un Mod revival (il y a un article [ Les Mods ] sur ce blog qui vous en dira plus sur ce mouvement) d’ailleurs Paul Weller n’hésitait pas à parler de sa détestation pour la culture Rock.
Long Hot Summer
Comme premier titre, j’ai retenu Long Hot Summer en 1983, ou nous trouvons une inspiration Soul associée à une SynthPop sophistiquée:
Le tempo est lent, la chanson parle d’un farniente d’été, un ensemble qui a déconcerté beaucoup de fans (essentiellement masculins) de The Jam : pas de guitares, pas de tempo appuyé, sans oublier le clip avec une esthétique gay. Il me semble que ce titre n’est pas vraiment arrivé en France, nos oreilles étaient occupées par le son de groupes NewVawe, Néo romantiques et PostDisco (Funk et synthétiques).
Shout To The Top
Puis en 1984 les choses ont changé, du rythme avec Shout To The Top qui est un titre emblématique. Dans le clip, il y a ce tableau en fond, qui fait référence à la grève des mineurs (1984-1985) sous le second mandat Thatcher. Le titre fera aussi partie de la bande son du film Billy Elliot (Stephen Daldry, 2000) qui se déroule dans le nord-est de l’Angleterre et à la même période. L’histoire d’un gamin issu d’un milieu populaire, qui veut devenir danseur au lieu d’être boxeur ou mineur (ou plus probablement chômeur). Il y a une résonnance avec la lutte du groupe contre les standards imposés par l’industrie du disque et les normes sociétales. La chanson est une invocation à la détermination pour se relever et se battre battre quand on est à terre … And when you’re down on the bottom there’s nothing else – But to shout to the top (shout).
Coté Remix ...
Coté Remix, il y en a presque trop … Alors j’ai sélectionné une étonnante version Disco en 1998, avec la diva Loleatta Holloway qui nous amène dans le Chicago de la fin des années 90s.
1998 - HOUSE / PostDisco Remix Vocals 90s
Il existe aussi aussi une version House classique, toujours avec Loleatta Holloway mais élaborée par Franckie Knuckles (Chicago encore, Godfather of House Music) … Cette mouture est moins vocale et elle a perdu le coté Mod un peu hargneux du titre original, l’ambiance est plus Soul, personnellement j’adore :
1998 - HOUSE / Classic 90s
Enfin, si nous voulons un peu plus dansant, la version des Lincolns (à ne pas confondre avec un autre groupe de Rockabilly du même nom) en 2012, pourrait faire l’affaire, je vous laisse juger :
Cette fois, nous sommes dans l’ambiance Dance et les effets sonores des DJs du début des années 2010s, pas trop appuyés mais bien présents et associés à un tempo qui est plus rapide.
You’re The Best Thing
Retour à la Soul, à un rythme plus lent et à quelques notes de saxo, avec ce titre sorti en 1984. Nous pouvons nous douter qu’il s’agit d’une chanson d’amour, un hommage de Paul Weller à sa compagne Dee C. Lee (Diane Catherine Sealy) que l’on voit apparaitre dans plusieurs clips du groupe. Dee C. Lee a fait partie du groupe Central Line un groupe PostDisco-Funk (par exemple Walking in the Sunshine en 1982) et à été choriste de Wham. Nous la retrouverons sur différents titres ou reprises solo (Selina Wow Wow, See the Day …) d’inspiration Soul ou Funk synthétique.
Des reprises ...
Ce titre a donné lieu à des reprises que l’on peut qualifier de logiques, car elles explorent des styles (Jazzy et BlueEyed Soul) qui sont en filiation avec l’esprit Mod. Nous allons commencer en 2014, avec Lisa Stanfield, avec une reprise intimiste associant Jazz et Vocaux, du saxo, quelques cuivres et un tempo lent :
Puis nous continuons avec Daynea Deacon en 2010 pour une version Reggae Lounge (mais oui cela existe) qui est très agréable et pas si improbable que cela, car elle conserve des vocaux Soul associés à de la SynthPop :
Enfin en 2021, un autre cover par Papik (Nerio Poggi) & Sarah Jane Morris pour une version Blue-Eyed Soul classique, avec un tempo lent et des vocaux bien présents :
2021 - BLUE-EYED / LowTempo Vocals Remix
Dans ces deux cas, nous avons affaire à des artistes qui font des reprises, plutôt avec réussite. Nerio ‘Papik’ Poggi est Italien et a notamment collaboré avec Mario Biondi, Matt Bianco … Sarah Jane Morris à collaboré avec les Communards et Jimmy Somerville. Quand à Daynea Deacon, il suffit de naviguer sur Youtube pour écouter des reprises Reggae de standards des années 80s (Holding Back the Years, Time After Time …) imprévues et plutôt réussies.
My Ever Changing Moods
Avec le titre My Ever Changing Moods en 1984, c’est l’évocation des hauts et des bas de la vie, de nos émotions aussi, qui est distillée sur un rythme joyeux et nous y retrouvons toute l’énergie du groupe :
Ce titre a donné lieu, à des reprises en mode Low Tempo en direction de la Soul et de de rythmes latins, nous y perdons le coté dynamique, mais cela pourrait vous surprendre et c’est intéressant à écouter.
En mode lent ...
Nous allons d’abord commencer par avec une belle version AfroPop et d’inspiration plus Soul, encore assez proche de l’original par Jacksoul, en 2006 :
Puis nous allons ralentir franchement, sur une ambiance Soul et masculine par Davi Não Vê Estrelas, toujours en 2006, avec une version vocale :
Une autre reprise, aussi lente, avec une ambiance Bossa et féminine par Bossatronic en 2008, ici nous avons des cuivres bien (peut être trop) présents mais qui donnent du punch et qui ponctuent les partie Latino plus douces.
The Lodgers
Avec The Lodgers (Or She Was Only a Shopkeeper’s Daughter) en 1985 nous revenons à un son NewVawe et synthétique. Le texte évoque dénonciation des divisions sociales (elle n’était que la fille d’un boutiquier …) et les luttes populaires, l’hypocrisie de la société ou la corruption. Des thèmes qui apparaissent très clairement dans les paroles (No peace for the wicked – only war on the poor …). Ce fond social contraste avec le coté presque dansant Soul-Funky de la musique, un chaud-froid que l’on retrouve dans d’autres productions du groupe.
Une reprise JPop ?
Je vous propose cet OVNI SynthPop et Bossa, composé par Akakage (Yoichiro Ito, Go!Sato) en 1999. Akakage signifie Ombre Rouge, un caractère que l’on retrouve dans des mangas, dessins animés et films Japonais. Je suis toujours étonné par la capacité qu’ont les musiciens Japonais de s’approprier notre fond culturel.
Walls Come Tumbling Down!
C’est peut être mon titre préféré pour son énergie, paru en 1985. Je préfère proposer le clip plutôt qu’un audio pour garder ce coté instantané British. Sauf que les choses ne se passent pas vraiment de l’autre côté du Channel, les trams, la statuaire, les immeubles, nous sommes à l’est … Et à Varsovie : la présence du PKiN (Pałac Kultury i Nauki – Palais des cultures et sciences) un gratte ciel de style soviétique ne trompe pas. Les murs tombent .. à l’est … est ce une allusion au mur de Berlin ? Et bien non, car le titre est sorti 10 ans trop tôt. La légende raconte qu’il n’y a aucun rapport avec l’est, le producteur aurait eu des billets pour Varsovie qu’il voulait rentabiliser.
Le vrai sens des paroles est encore une charge contre la société Britannique et le gouvernement conservateur, au moment du pic des grèves, en espérant que la classe des travailleurs puisse se révolter et faire enfin tomber les murs (comme ceux de la ville de Jericho dans les paroles).
Make it more (Rock)
Have You Ever Had It Blue
Avec Have You Ever Had It Blue c’est un titre Pop de 1986 qui sonne comme un standard de variétés ou de Music-Hall, des cuivres et du saxo avec un coté Jazzy et Latin (dans les percussions et une partie des vocaux en arrière plan). Un mélange que j’imagine bien dans un show façon Vegas. Cette chanson parle des moments ou tout va mal, avec son lot de mauvaises ondes et de contrariétés sur lesquelles nous n’avons pas de prise. Le bleu, c’est celui du Blue Monday, le jour le plus déprimant de l’année.
En fait il s’agit d’une reprise du titre With Everything To Lose toujours par The Style Council mais en 1985, qui parle de la même chose, mais sans finir sur une note optimiste. Et cette fois le coté Latin Jazzy est bien présent, j’aime bien la flute et l’orgue qui donnent une couleur Sunshine Pop Sixties et qui répondent bien au Saxo :
Pourquoi cette réécriture ? Une piste: la version Have You Ever Had It Blue est présente dans la bande son du film musical Absolute Beginners (Julien Temple, 1986) en compagnie du titre de même nom et galactique de David Bowie. L’action se déroule en 1958 dans une banlieue de Londres (Nothing Hill) a forte diversité ethnique, c’est un film générationnel autour de quelques caractères aspirant à vivre dans le lieu et confrontés à différentes difficultés : racisme, pauvreté, trahisons, abandon et violences. Peut être qu’il fallait conclure sur un happy end, d’où la nouvelle version.
Réminiscences ...
Compte tenu du contexte, pas joyeux, je me demande ce qui a déclenché ma première impression liée à une ambiance Show et Music-Hall. Mon oreille a du être flouée par le tempo de l’intro, qui sonne un peu comme It’s Not Unusual, un titre de Tom Jones en 1965, écoutez c’est assez amusant :
Plus loin, il y a aussi un Doo do doo do répétitif qui est assez présent dans Have You Ever Had It Blue et qui a un air de déjà entendu. Je vais vous éviter une torture mémorielle … écoutons Walk on the Wild Side de Lou Reed (en 1972) et vous verrez (à partir de 1:27) qu’il y a une belle réminiscence :
Promised Land
Nous finissons par Promised Land en 1989, une reprise du titre iconique Gospel House de Joe Smooth (1987) avec toute l’énergie de la Pop Anglaise. Cette version atténue un peu les séquences synthétiques et la boite à rythmes, des choses que l’on adorait à l’époque, mais qui datent à nos oreilles. Au final, l’ambiance est un peu plus ronde mais elle est peut être plus intemporelle.
Et je m’arrête pour ce groupe emblématique qui a commencé en version Mod et qui finit sans style vestimentaire, vous trouverez les photos sur la toile, mais comment est ce possible ?
A propos ...
- Grève des mineurs britanniques de 1984-1985 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_britanniques_de_1984-1985.
- Shout to the Top! – https://en.wikipedia.org/wiki/Shout_to_the_Top!.
- Billy Elliot – https://en.wikipedia.org/wiki/Billy_Elliot (Wikipedia).
- Dee C. Lee – https://en.wikipedia.org/wiki/Dee_C._Lee (Wikipedia).
- The Meaning Behind The Song: You’re the Best Thing by The Style Council (OldTime Music, 2023).
- Papik – https://it.wikipedia.org/wiki/Papik (Wikipedia).
- Sarah Jane Morris – https://it.wikipedia.org/wiki/Sarah_Jane_Morris (Wikipedia).
- The Meaning Behind The Song: My Ever Changing Moods by The Style Council (OldTime Music, 2023).
- Meaning of The Lodgers (Or She Was Only a Shopkeeper’s Daughter) by The Style Council (Songtell, 2023).
- Mod Male – In Defense of The Style Council.
- Evil Turns to Statues: Paul Weller’s Style Council Years (LARB, 2020).
- Absolute Beginners – https://en.wikipedia.org/wiki/Absolute_Beginners_(film) (Wikipedia).